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« Les lettres s’animent » : dans les coulisses IA d’une exposition pour La Poste

Au printemps 2026, nous avons produit l’ensemble des images et vidéos IA de « Les lettres s’animent », une exposition imaginée par l’artiste Mathilde de l’Ecotais pour le Groupe La Poste, présentée pendant un mois dans la cour carrée de la Poste du Louvre à Paris. Douze lettres écrites par des personnalités historiques y ont pris vie, mêlant photographie et vidéo générées entièrement par IA, activées en réalité augmentée directement depuis le téléphone des visiteurs. Dans cet article, nous racontons comment cette exposition a été construite, étape par étape, avec les choix techniques et artistiques qui ont rythmé le projet.

[Illustration : vue de l’exposition dans la cour de la Poste du Louvre]

Le point de départ : une commande pour la Fête de l’écrit

Chaque année, La Poste organise la Fête de l’écrit, un événement pensé pour continuer à transmettre le goût d’écrire et d’envoyer des lettres aux nouvelles générations. Pour l’édition 2026, La Poste a passé commande à Mathilde de l’Ecotais, qui a imaginé un projet consistant à redonner vie à douze lettres écrites par des figures historiques : Guy Môquet, Albert Einstein, le Père Noël, George Sand, Guy de Maupassant, Charles Baudelaire, Olympe de Gouges, la Comtesse de Ségur, Victor Hugo, Honoré de Balzac, Marcel Proust et Madame de Sévigné.

Chacun de ces personnages a été mis en scène dans un décor qui lui était familier de son vivant : Maupassant sur les quais de Seine face à Notre-Dame, Proust à Cabourg avec le Grand Hôtel en arrière-plan, George Sand au château de Nohant, Einstein dans une université à Berne, Guy Môquet dans les baraquements où il fut interné avant son exécution. Notre travail a couvert la conception des personnages jusqu’à la mise en place technique de l’exposition.

Verrouiller l’apparence des personnages

La première étape a consisté à fixer l’apparence physique de chaque personnage. Nous avons travaillé par itérations successives, en nous appuyant sur des photographies d’époque quand elles existaient, et sur des peintures pour les personnages plus anciens, comme Madame de Sévigné.

[Illustration : nœuds Character Lock — Marcel Proust] [Illustration : nœuds Character Lock — Madame de Sévigné]

Une fois qu’un premier plan en pied de face, était validé par le client (vêtements compris), nous avons généré les autres vues nécessaires : gros plan visage, trois-quarts et dos. Toutes ces vues ont ensuite été assemblées sur un même fond blanc, en 3:2, pour constituer une planche de référence (la « character sheet ») qui a servi d’entrée à toutes les générations suivantes. Cette étape est déterminante : c’est elle qui garantit que l’apparence d’un personnage reste identique d’un plan à l’autre, tout au long du film.

[Illustration : character sheet final — Marcel Proust]

L’image principale : celle qui devait tout porter

Chaque film s’ouvrait sur une image fixe, qui était aussi celle imprimée en grand format pour l’exposition. Cette image portait donc une double responsabilité : donner le ton visuel du film et exister en tant qu’œuvre exposée. Plusieurs propositions ont été faites à partir de références fournies par le client, et une fois l’ambiance générale validée, le travail s’est poursuivi sur des détails précis : la couleur du chat aux côtés de Victor Hugo, les chaussures et le chapeau de Marcel Proust, la présence d’un oiseau pour George Sand, le choix de la plume pour Balzac. Une attention constante a été portée à l’exactitude historique, pour éviter tout anachronisme dans les objets, les vêtements ou les décors.

[Illustration : itérations image finale — Marcel Proust, plage de Cabourg]

Une fois chaque image validée, il fallait l’«upscaler» (augmenter la résolution) pour atteindre une résolution compatible avec une impression en très grand format. Les images générées à 2528 x 1696 pixels ont été portées à 20224 x 13568 pixels, soit huit fois la taille du fichier d’origine.

Construire les plans vidéo, un par un

La seconde partie du projet a consisté à créer les plans vidéo de chaque film, entre 3 et 6 selon les personnages. Avant de générer la moindre vidéo, il a fallu produire l’image de départ (la « first frame », et parfois la dernière image, la « last frame ») de chacun de ces plans, à partir de la character sheet et de l’image principale du film.

Certains plans demandaient un travail préparatoire particulier. Pour les plans finaux, où chaque personnage termine sa lettre, chacune des douze lettres a d’abord été écrite à la main, au stylo plume, en respectant le style d’écriture propre à chaque auteur. Nous avons ensuite ajouté la signature de chacun des auteurs, avant de les utiliser comme référence pour générer les plans montrant les personnages en train d’achever leur courrier.

[Illustration : lettre manuscrite de Balzac + signature, exemple]

Le traitement des décors différait selon qu’ils étaient facilement identifiables ou plus confidentiels. Pour des lieux comme les quais de Seine avec Notre-Dame en fond, l’IA disposait déjà d’une bonne connaissance visuelle : il suffisait de préciser le contexte d’époque pour éviter les anachronismes. Pour des lieux plus confidentiels, comme la maison de la Comtesse de Ségur ou celle de George Sand, il a fallu fournir des images d’archives en référence.

L’ensemble de ces images a été généré avec Nano Banana Pro, via le logiciel Weavy. Son fonctionnement nodal, qui permet de faire dialoguer plusieurs sources en entrée (character sheet, décor, lettre scannée) dans un même flux visuel, s’est révélé particulièrement adapté à un projet demandant autant d’itérations et de cohérence entre les plans.

[Illustration : nœuds Weavy — génération des first frames, Comtesse de Ségur]

Passer de l’image fixe au mouvement

Une fois les first frames validées, nous avons lancé la génération des plans vidéo à proprement parler, avec Kling 3.0 pour la majorité d’entre eux et Seedance 2.0 pour les plans les plus complexes, le tout via la plateforme Higgsfield. Il a souvent fallu reprendre les prompts plusieurs fois pour obtenir le résultat attendu.

En parallèle de ce travail vidéo, des comédiens ont été castés pour interpréter les lettres à l’oral.

Le montage et le son

Les plans vidéo et les voix off ont été assemblés au montage sur Premiere Pro. Pour ajuster la durée des séquences à la longueur de chaque lettre, certaines astuces ont été utilisées, notamment des travellings macro filmés en studio sur les lettres manuscrites, ajoutés en fondu entre deux plans IA. Ces plans de liaison ont permis à la fois de fluidifier les transitions et de gagner quelques secondes de durée là où c’était nécessaire.

Le mixage final a intégré un travail de sound design pour donner une cohérence sonore à l’ensemble et ancrer chaque film dans un réalisme sensible. Le choix a été fait de ne pas utiliser de musique : le sound design lie directement la voix off aux images, et constitue à lui seul la bande-son des films.

La réalité augmentée, dernière étape

Le principe de l’exposition reposait sur un dispositif simple pour le visiteur : les images étaient imprimées en très grand format dans la cour de la Poste du Louvre, et un QR code permettait de déclencher, depuis son téléphone, le film correspondant à chaque personnage, en reconnaissant l’image imprimée. Techniquement, cela a demandé d’uploader chaque image comme « marqueur » dans le logiciel utilisé, puis d’y associer la vidéo correspondante.

L’exposition

« Les lettres s’animent » a été présentée du 26 mai au 18 juin 2026, en accès libre et gratuit, dans la cour de la Poste du Louvre. Voici comment Mathilde de l’Ecotais présente sa démarche :

« Faire vivre un patrimoine immobile avec les outils d’aujourd’hui ouvre un champ des possibles. La technologie n’efface pas l’histoire : elle lui offre de nouvelles formes de transmission et d’émotion. »

Elle raconte aussi le soin apporté aux détails qui rendent un personnage vivant, comme pour Victor Hugo : il avait pris l’habitude de n’écrire que debout, aimait les chats, et aimait Le Havre. Ce sont ces éléments, en apparence secondaires, qui ont guidé beaucoup de choix de mise en scène tout au long du projet.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de nos projets en intelligence artificielle sur notre page dédiée aux projets IA.

Les 12 lettres